Elles seuils

 

Sous l’impulsion de Laurent Berger, nous avons amorcé une démarche de création en deux temps, avec en tête la nécessité d’inscrire un « acte » individuel à l’intérieur d’une forme collective ; trouver des ponts, nourrir notre processus de celui des autres, inventer des passerelles entre micro- et macro-dramaturgie…

Le premier temps , celui de l’écriture, s’est fait à sept paires de mains : laisser aller une écriture spontanée, entamer une rédaction puis la céder à un autre, passer des commandes sur des points qui nous semblaient pertinents, dessiner, se documenter, converser… Il s’agissait d’abord de créer du mouvement, générer un flux qui dans son sillage pourrait laisser surgir un matériau. Il s’agissait aussi de se déposséder d’une certaine forme d’écriture de soi, sur soi, et laisser le mouvement d’ensemble dessiner certaines lignes ; ne pas forcer le « dire », le laisser apparaître au détour d’un rapprochement, d’un croisement, d’une collision.

Le passage au plateau, second temps de notre travail, a naturellement prolongé cette écoute, et des signes que l’on avait pas anticipés se sont lus. Bien sûr, il a fallu écrire au plateau, car le matériau initial n’était qu’un déclencheur ; parfois il a laissé des traces, parfois il s’est métamorphosé en geste, en son, en atmosphère, ou il a tout simplement disparu, rebut qui aura joué son rôle. Mais la voûte dont nous avons ébauché l’architecture a fait que chaque pierre a pu soutenir l’autre : rechercher sa forme parfaite mais aussi voir son intégration et son égale importance dans l’édifice global.

Ce fut enfin l’occasion pour moi de continuer une exploration de la narration à travers l’univers sonore. Qu’est-ce que serait un théâtre musical avec les moyens d’expression et les langages d’aujourd’hui ? Comment parvenir à équilibrer l’abstraction de l’expérience, qui rompt avec une compréhension attendue, et la nécessité de dire ?

Atelier dirigé par Laurent Berger – juin 2016